Swyn, un poney des plus singuliers

Célèbre poney français de dressage, le beau Swyn Barrade possède une histoire hors du commun, à la hauteur de son caractère. Orphelin deux mois après sa naissance, il est aujourd’hui l’un des meilleurs poneys de dressage et a représenté la France aux derniers championnats d’Europe avec sa cavalière Lou Morali. Zoom sur un étalon à la vie peu commune.

« Sensible » est peut-être le mot qui définirait le mieux Swyn Barrade. Racé, ce petit Welsh Cob d’1,48 m, quelque peu caractériel, peut en effet receler une « fragilité et une sensibilité que peu d’autres chevaux connaissent », comme l’explique Lou Morali, sa dernière cavalière. Le constat est partagé par la propriétaire du bel étalon bai (Ceulan Nathan x Usk Barrade), Rose-May Harang, qui reconnaît son besoin de confiance et de stabilité pour se donner pleinement : « s’il est en confiance avec son cavalier, il est capable de tout faire. Son comportement dépend entièrement de ses cavaliers ». Swyn a la réputation de choisir lui-même ses partenaires !

Pendant quatre ans, Lou Morali a su apprivoiser l’étalon de douze ans. Ils ont pris le temps de se connaitre et de se familiariser l’un à l’autre. La cavalière sait décrypter chacune des attitudes du poney : « Je sais qu’il n’aime pas que je m’énerve et, si je me trompe, il me le fait savoir ! Je dois être vraiment précise avec lui. Il m’en demande beaucoup ! » Exigeant, le poney n’en est pas moins extrêmement généreux. Capable de tout donner pour son cavalier, Swyn Barrade ne laisse personne indifférent. Aujourd’hui, ses qualités naturelles, dont sa force et « ses allures exceptionnelles », lui permettent d’être reconnu comme l’un des meilleurs poneys de dressage en France.

Un étalon à l’histoire particulière…

Swyn Barrade est devenu un des poneys de dressage les plus connus de France. Cependant le début de sa vie ne laissait pas présager un tel succès. © PSV Morel

Pourtant, ce n’était pas gagné. « Il a une histoire très délicate », précise sa propriétaire. En effet, seulement deux mois après sa naissance, Swyn Barrade perd subitement sa mère et se retrouve orphelin et sans repère. « Quand Swyn a perdu sa mère, il ne voulait plus se nourrir. Puis, un jour, nous l’avons retrouvé dans le pré voisin, où se trouvait une jument qui n’avait jamais pouliné. Swyn en a fait sa mère de substitution. Dès cet instant, il s’est remis à s’alimenter. On l’a tout de suite senti mieux ». Quatre mois plus tard, Swyn s’installe chez sa propriétaire, Rose-May Harang. « Poulain, Swyn cherchait toujours le contact, il en avait vraiment besoin, comme s’il fallait le rassurer et lui expliquer qu’il ne serait pas abandonné de nouveau », raconte-t-elle. Rose-May choisit Nicolas Blondeau pour débourrer le jeune poney. Le cavalier expert en équitation éthologique débourre et éduque des chevaux parfois sensibles ou ayant vécus certains traumatismes. Idéal pour Swyn, qui avait certainement besoin de repère et de cadre pour ne plus se disperser et pouvoir s’exprimer pleinement.

Mais la malchance s’est abattue de nouveau sur le poney Welsh Cob. Swyn cumule des infections au niveau des yeux, dites uvéites chroniques. Un de ses yeux étant sérieusement abimé, les vétérinaires doivent opérer le poney au début de l’année 2018. Suite à cette intervention, Swyn ne verra plus que d’un œil : « Il lui aura fallu un temps d’adaptation mais, dans l’ensemble, son comportement de tous les jours n’a pas changé », poursuit la propriétaire.

… ce qui ne l’empêche pas d’exceller en compétition

Au cours de sa vie d’athlète, Swyn s’est essayé au saut d’obstacles et au concours complet, en passant par quelques épreuves de hunter. Mais c’est sur les carrés de dressage que l’étalon se fait réellement remarquer. En 2013, le poney remporte ses premières compétitions de dressage et, jusqu’à aujourd’hui, il se positionne de manière quasi permanente dans le premier quart du classement. La propriétaire Rose-May Harang confie Swyn à Lou Morali en septembre 2014. Seulement trois mois après leur rencontre, dès leur première participation en compétition de dressage, le couple remporte la Club Élite Grand Prix des écuries de Saint-Cyr. Dès cet instant naît un nouveau duo de champions et plus rien ne les arrête !

L’Open de France de Lamotte Beuvron leur donnera néanmoins du fil à retordre. Le couple se retrouve à trois reprises au pied du podium, en 2015, lors de leur première participation, en 2017 – moment qui restera cependant l’un des meilleurs souvenirs de la cavalière « car le premier jour de cette compétition, c’était mon anniversaire et Swyn m’a offert un 71 % » –, et en 2018. Cette même année, le couple remportera la deuxième place du Trophée des As. « Nous voulions évoluer tranquillement. Nous avons commencé par des clubs Élites de dressage, puis on a fait les championnats de France. Mais notre objectif de base était seulement de faire quelques TDA », précise Lou.

C’est peu dire ! En 2016, ils entament leur premier concours de dressage international réservé aux Poneys et participent en avril 2017 à la coupe des Nations de Saumur, en individuels et par équipes. La consécration du couple s’opère en août dernier, lors de leur participation aux championnats d’Europe en individuels et par équipes à Bishop Burton, en Grande Bretagne. Lou et Swyn avoisinent les 68 %, score qui faisait office d’objectif pour l’équipe de France de dressage. Si le couple revient bredouille de la compétition, cette expérience restera néanmoins le point culminant de leur relation.

C’est désormais le clap de fin pour le duo. Ces derniers championnats marquent l’arrêt du chemin de Lou aux côtés de Swyn. « Elle a seize ans maintenant, elle n’a plus l’âge de concourir en internationaux », déplore Rose-May Harang. Swyn cherche de ce fait un nouveau coéquipier avec qui s’entendre pour continuer à fouler les terrains de concours de haut niveau et, surtout, gagner ! Vous laisseriez-vous tentés ?

Par Camille Bensimhon © Rose-May Harang

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