O ma Doué Kersidal, le petit prodige venu de Bretagne

Cette année, O ma Doué Kersidal, poney champion de concours complet est une nouvelle fois à l’honneur. Il a obtenu l’indice IPC le plus élevé, décerné par l’IFCE. L’occasion de revenir sur le parcours de ce pur produit breton.

En 2017, O Ma Doué Kersidal avait fait une prestation remarquée lors des championnats d’Europe Poneys de concours complet qui s’étaient déroulés à Kaposvár en Hongrie. Avec une très bonne reprise de dressage, un sans-faute sur le cross avec huit secondes de temps dépassé, et un parcours à l’obstacle pénalisé de cinq points, le fils de Willoway All Gold (New-Forest), avait contribué avec sa cavalière Lisa Gualtieri à la médaille d’or de l’équipe de France. Il avait également réalisé la deuxième meilleure performance individuelle en se classant quatrième derrière Liloï Lourde Rocheblave et Voltair de Lalande. Une récompense à la hauteur du talent et de la régularité de ce poney qui se distingue avec brio dans la discipline du concours complet depuis plusieurs années. Cette année encore, le couple a fortement contribué à la médaille de bronze obtenue par l’équipe, lors des championnats d’Europe de Bishop Burton.

Un croisement moderne et dans le sang

©Cyrielle Timmerman

O Ma Doué Kersidal voit le jour le 20 juin 2002, au haras de Kersidal à Plomeur, en Bretagne chez Françoise Galès-Loiseau. Il est issu du croisement de Willoway All Gold, étalon New-Forest, et de Roz Ar Moor, une Anglo-Arabe de complément. Son père, Willoway All Gold est champion des deux ans de sa race, gagnant de son concours étalon à trois ans. Il s’illustre dans le sport en étant notamment vice-champion de France des six ans en saut d’obstacles, et classé huitième des championnats de France Minimes. Il réalise une belle carrière à l’élevage avec d’autres bons produits indicés comme Faune de Montmain (IPO144/99) et Qews Garden Diwan (IPO152/11). Roz Ar Moor, sa mère, était une petite jument d’1,54 m, par Kit (Anglo-Arabe), réactive et dans le sang qui n’a eu qu’une courte carrière à l’élevage puisqu’elle est décédée plusieurs heures après un poulinage. Son premier produit, Nerz Ar Moor Kersidal, né en 2001, est le propre frère d’O Ma Doué. S’il n’entame pas une carrière analogue à celle de son frère, il est très ressemblant sur le physique, avec de vraies aptitudes pour le sport. « Nerz Ar Moor avait un équilibre fabuleux, de la puissance, une robe magnifique. Il est champion interrégional en concours complet Ponam D1 à Mettray, près de Tours, en 2009 », précise Françoise Galès-Loiseau. La souche maternelle est intéressante puisque Hellas, la deuxième mère Pur-sang de ces poneys, est également celle de Laer Moor et de Na Moor, deux juments compétitives en saut d’obstacles jusqu’à 1,40 m.

O Ma Doué Kersidal est un poulain qui se démarque très tôt des autres. Il hérite de sa mère un modèle très chic et harmonieux, mais aussi un caractère visiblement un peu facétieux. «Un jour, je croise mon voisin, un honorable paysan âgé de quatre-vingt ans, alors qu’O Ma Doué venait de rentrer dans son box. Ce dernier s’exclama ainsi : « Oh ma Doué, Oh ma Doué », qui en breton, signifie « Oh mon Dieu ». J’ai eu à cœur de baptiser le poney de ce nom, en référence à cette anecdote et à son lieu de naissance », se souvient l’éleveuse passionnée.

Un champion préservé

© Collection privée Bogrand

Si le poney a connu plusieurs cavaliers durant sa carrière, il a eu cette chance d’être accueilli au sein de familles qui l’ont toujours choyé et respecté. Débourré tardivement, O Ma Doué Kersidal entame à cinq ans sa formation à l’obstacle avec François Deshayes, ancien préparateur pour les ventes Fences. Il réalise quelques parcours en Cycles libres et épreuves Ponam durant l’année 2007. Il est vendu à la fin de cette période à la famille Bogrand, qui souhaite l’acquérir un poney de haut niveau pour leur fils Hugo. O Ma Doué Kersidal rejoint son petit cavalier installé au haras familial de Launay dans le Morbihan. Tous deux démarrent officiellement leur saison l’année suivante en concours complet de niveau Ponam D2. En 2009, Hugo Bogrand part ensuite avec son protégé en Angleterre, au collège de Milfield en sport-études. Le couple s’aguerrît sur les plus beaux concours du pays tout en étant encadré par des professionnels renommés de la discipline du complet et du dressage, comme Christopher Bartle, et sa sœur Jane Bartle-Wilson (cette dernière a représenté la Grande-Bretagne en dressage aux Jeux olympiques de Los Angeles de 1984, ndlr). Leur progression est rapide, et les résultats s’enchaînent. Ils évoluent jusqu’en concours complet international de niveau 1*. Ils sont vainqueurs du CIC 1* de Burghley en 2011 et terminent deuxièmes de celui de Floors Castle en Écosse. Le jeune cavalier rentre ensuite en France et participe encore à quelques concours avant de se consacrer pleinement à la poursuite de ses études en agriculture biologique.

Quelque temps plus tard, Françoise Galès-Loiseau reçoit un appel des Bogrand qui lui font part de leur souhait de vendre le poney. Cette dernière accepte de les aider. « Un client me contacte, et m’indique qu’il recherche un poney de Grand Prix de complet. Je préviens entre temps Christophe Bogrand, le papa d’Hugo. À ce moment-là, il descendait le poney du camion dans les écuries de Marie Gagneux, cavalière de l’équipe de France de concours complet afin de le mettre en dépôt-vente. Lisa Gualtieri, jeune pousse de dix ans, est venue essayer le poney dès le lendemain avec ses parents. L’essai se passant très bien, les Gualtieri l’ont acheté sans hésiter. »

La construction d’un nouveau couple

Depuis que Lisa Gualtieri monte O Ma Doué Kersidal, le couple a été un vrai pilier de l’équipe de France, notamment lors des championnats d’Europe 2017 et 2018.

L’histoire du nouveau couple débute en 2013 en Île-de-France. Lisa ne monte alors O Ma Doué Kersidal qu’une fois par semaine, puisqu’elle est encore en transition sur son poney B. Delphine Colmant assure durant cette période le travail quotidien de l’entier ; et le sort en épreuves de concours complet Amateur 1 et 2 avec succès. Sa jeune cavalière est désormais prête à prendre la relève. Ils terminent brillamment la saison 2014 en s’imposant dans le championnat régional de complet Poney Élite D de Mettray, en Indre-

et-Loire. « J’ai enchaîné ensuite l’As 2 puis l’As Poney 1. Cela s’est bien passé. Nous avons terminé douzièmes du championnat de France dans la catégorie As Poney 1 à Lamotte- Beuvron en 2015, puis nous nous sommes qualifiés au CCI Poneys 2* au Haras du Pin où nous avons malheureusement été éliminés sur le cross », résume Lisa. La saison 2016 est synonyme d’une progression importante pour le duo qui s’attèle à ses premiers Grands Prix. 2017 est l’année de la confirmation avec, à la clé, une première médaille d’or par équipes lors des championnats d’Europe en Hongrie. « O Ma Doué Kersidal m’a tout appris. C’est un poney qui a beaucoup d’expérience. S’il est régulier dans les trois disciplines, sur le cross, il est particulièrement incroyable à monter. » À son sujet, le sélectionneur de l’équipe de France Poneys de concours complet, Emmanuel Quittet, est aussi unanime : « O Ma Doué Kersidal fait partie des meilleurs poneys que j’ai rencontrés jusqu’à présent. Je pense qu’il n’a aucun point faible. En plus d’être beau et attachant, il est bon partout. Sa cavalière doit encore gagner en maturité, mais leur marge de progression est réelle. » Que les passionnés se rassurent, ils pourront encore suivre ce couple captivant porter bien haut les couleurs tricolores pendant deux ans. Lisa atteignant l’âge limite pour concourir en internationaux poneys. La suite ? « O Ma Doué Kersidal ne sera pas à vendre. Il restera à la maison. Il est en plus agréé étalon PfS depuis 2014 », résume Lisa. Souhaitons donc pareille réussite et longévité à O Ma Doué Kersidal dans sa carrière de reproducteur.

 

Par Mathilde Wavrant

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