Victor Levecque : « Au début, j’avais très peur à poney ! »

Âgé de seulement dix-neuf ans, le parcours de Victor Levecque, cavalier de concours complet a de quoi faire rêver : quatre fois champion de France, double champion d’Europe à poney en 2014, double vice-champion d’Europe en 2015 et 2016 en catégorie Juniors, et enfin, double champion d’Europe Jeunes Cavaliers, cette année à Fontainebleau. Rien ne semble pouvoir lui résister…

EQ : Comment avez-vous commencé à monter à cheval ?

Victor Levecque : Je ne viens pas du tout d’une famille de professionnels de l’équitation, mais mon père est un passionné des chevaux. Je vivais à la campagne dans les Yvelines, entouré de chevaux. Alors, à trois ans, j’ai monté pour la première fois à poney, mais j’avais très peur ! J’ai arrêté et repris quelques années plus tard. Mais chaque séance était très compliquée, je venais au poney-club avec la boule au ventre. Pour mes parents, je m’étais engagé dans quelque chose, je ne pouvais donc pas abandonner comme cela. Ils m’ont conseillé de finir au moins le trimestre. Et finalement, je ne saurais pas comment l’expliquer mais j’ai eu un déclic, et je n’ai jamais pu arrêter.

EQ : Comment avez-vous commencé le concours complet ?

VL : Honnêtement, c’était un peu par hasard. Une fois que j’ai eu mon déclic, j’étais mordu et je voulais me lancer dans la compétition, ce que le poney-club où j’étais alors ne faisait pas. Nous avons donc cherché ailleurs et nous avons entendu parler d’une écurie tout juste ouverte, qui cherchait un dernier cavalier pour former une équipe de concours complet à Shetlands. Je me suis lancé ! Mais à ce moment-là, j’aurais très bien pu faire du saut ou autre… Mais le concours complet est vraiment ma discipline, aujourd’hui. J’y serais arrivé de toute façon.

EQ : Depuis combien de temps travaillez-vous avec Phunambule des Auges ?

VL : Cela fait maintenant cinq ans ! Pendant ma dernière année à poney, je cherchais un cheval pour faire la transition. Pour que cela soit plus facile, il me fallait un cheval relativement facile à l’obstacle et sur le cross. Et ce cheval, c’était Phunambule ! Mais jamais nous n’aurions pensé qu’il irait aussi loin… Il est très impressionnant !

Une fois passée la peur à poney, Victor Levecque commence très vite les compétitions de complet à Shetland. © Collection privée

EQ : Pourriez-vous nous le décrire ?

VL : Il a quinze ans, et un cœur énorme. Il me donne toujours tout, même quand c’est dur pour lui. Il adore ce qu’il fait. D’ailleurs, quand je pars en concours sans lui, il fait la tête ! Et à l’inverse, quelques mois avant une grosse échéance, il se calme à la maison. On a vraiment l’impression qu’il se concentre ! Et en concours, il se transforme.

EQ : Montez-vous d’autres chevaux ?

VL : J’ai un autre cheval, RNH Mc Ustinov, que je monte depuis trois ans. Il fait les mêmes concours que Phunambule, mais a un caractère très différent. C’est un peu le surdoué qui se la coule douce. Il faut toujours le motivé, sinon il est toujours un peu trop sûr de lui. J’ai aussi un cheval de sept ans, qui a un peu de retard par rapport à son âge. Il vient de faire le CCI* du Pin. Et puis je travaille aussi d’autres jeunes chevaux…

« Qualitat des Bourdon est un crack avec un très gros caractère ! »

EQ : Quels sont les chevaux ou les poneys qui vous ont le plus marqué ?

VL : J’ai eu plusieurs très bons poneys et chevaux, mais évidemment je pense à Qualitat du Bourdon, que j’ai eu depuis le début. C’est un crack avec un très gros caractère ! Mais il m’a permis de ramener quatre médailles ! Et puis il y a forcément Phunambule ! Jamais je n’ai eu une complicité pareille avec un cheval… On se connaît par cœur, je lui fais à 100% confiance, il n’a jamais raté une grosse échéance.

En 2013, le jeune cavalier sort en concours avec un poney star du complet : Kisaute Ho d’Othon, précédemment monté par Carla Lefaure. © PSV

EQ : Comme plusieurs membres de l’équipe de France de concours complet, vous êtes passé par le circuit Poney. Qu’est-ce-que cela vous a apporté ?

VL : C’est évident que cela apporte beaucoup de choses, et j’en garde plein de bons souvenirs. C’est aussi une vraie chance de pouvoir commencer à faire de si belles épreuves, de participer à des gros rendez-vous comme les championnats d’Europe, cela apprend à gérer la pression. Prendre part aux stages en équipe de France, également. De pouvoir faire cela jeune, c’est énorme. Je me souviendrai toujours la première fois que j’ai passé le polo de l’équipe de France…

EQ : Un palmarès aussi impressionnant, aussi jeune et sans venir directement du milieu, c’est très rare ! Comment expliquez-vous cette réussite ?

VL : Mes parents ne sont pas issus de ce monde-là, mais ils me soutiennent à 100%. Mon père a été jusqu’à vendre son entreprise pour me permettre de m’investir, quand il a compris que tout cela devenait sérieux. Alors, évidemment, ce n’est pas toujours facile, nous faisons des erreurs, mais je suis très entouré et surtout nous avons toujours cherché à avoir les meilleurs autour de nous. Alors, parfois j’ai peut-être été un peu trop entouré, j’ai mis beaucoup de temps à prendre de l’autonomie, mais cela m’a permis d’avoir beaucoup de conseils. Je pense que les victoires, surtout dans ce sport, sont un travail d’équipe.

EQ : Une victoire plus importante que les autres ?

VL : Elles sont toutes belles ! Une médaille, c’est toujours quelque chose d’exceptionnel, mais c’est vrai que celles en or sont un peu plus importantes [rires]. Mais je retiens surtout les médailles en équipe, car chaque année, ce sont de nouveaux souvenirs…

« Lier études et équitation demande beaucoup d’organisation et de travail »

EQ : Comment vous entraînez-vous ?

Avec Thaïs Meheust, Victor Burtin, Romain Sans, Victor Levecque remporte la médaille d’or par équipes aux championnats d’Europe de Fontainebleau. © Loïc Baur

VL : Je suis également étudiant à Sciences Po Paris, qui a une filière spécialement conçue pour les sportifs de haut-niveau. Je partage donc mon temps entre Paris, et les Yvelines. J’essaie d’être deux jours et demi à Paris pour réviser, puis le reste de la semaine ici pour travailler les chevaux. Autrement, je travaille beaucoup avec Maxime Livio par téléphone, en stage chez lui ou bien parfois ici.

EQ : Comment gérez-vous la compétition et les études ?

VL : Ce n’est pas simple, cela demande beaucoup de travail et beaucoup d’organisation. Mais c’était ma décision, donc je me donne les moyens de réussir. Ma mère m’aide beaucoup pour les cours et mon père davantage pour l’équitation. Et encore une fois, que ce soit aux écuries ou à Sciences Po, je suis très bien entouré. Je ne le vois vraiment pas comme une contrainte mais bien comme une opportunité.

EQ : En quoi est-ce important pour vous de continuer vos études ?

VL : J’ai toujours parcours scolaire très traditionnel, sans aménagement. J’avais envie de continuer parce qu’important pour moi. Je ne vois vraiment pas les études comme un plan B ou une voie de secours, au cas où je ne réussirais pas. Non, j’ai envie de développer ma propre structure, avec un modèle économique viable. Je pense que c’est nécessaire si l’on veut durer, dans ce métier. Mais il va falloir que je fasse un choix, dans le futur entre étude et cheval. Et je pense que ce sera cette année. J’arrive en troisième année à Sciences Po, et il va falloir que je choisisse si je fais un master ou non, ce qui me prendrait beaucoup plus de temps…

EQ : Comment voyez-vous votre futur ?

VL : J’ai des rêves plein la tête ! Évidemment, je voudrais aller au plus haut niveau et même repartir avec une médaille d’or aux Jeux Olympiques ! Mais avant cela, il me reste encore une année en Jeunes Cavaliers, et je suis bien décidé à ramener encore quelques médailles ! J’ai comme but de pouvoir vivre de ma passion, je veux donc continuer comme j’ai toujours fait jusqu’à présent sans brûler les étapes. J’ai la chance d’avoir mon écurie depuis un moment et donc d’être totalement indépendant. Progressivement, mon père m’a laissé les rênes… Maintenant, nous avons nos propres boxes, alors que nous n’étions que locataires auparavant, nous commençons à avoir nos propres infrastructures…

EQ : Quelle est votre plus grande force à cheval ? Et votre plus gros défaut ?

Avec Phunambule des Auges, cheval qu’il travaille depuis cinq ans, il n’aurait jamais pensé aller aussi loin. Mais son compagnon répond toujours présent lors des grandes échéances. © Loïc Baur

VL : Alors, je ne sais pas trop si c’est un défaut, mais je suis très perfectionniste. Je veux toujours tout contrôler. Parfois, il faudrait que je me pose un peu moins de questions et que je fonce… Mais je pense que nos défauts évoluent tout au long de notre progression à cheval. En qualité, je dirais que je suis quelqu’un d’un peu froid et donc la pression n’a pas trop de prise sur moi. Ce qui m’a servi souvent !

EQ : Quels cavaliers vous inspirent ?

VL : Je dirais Micheal Jung, qui est exceptionnel, évidemment. Mais je ne regarde pas que le complet, en saut d’obstacles, il y a aussi de très bons cavaliers. Évidemment, je travaille avec Maxime Livio, donc c’est évidemment un de mes modèles. C’est un des rares cavaliers français à avoir réussi à monter son entreprise, autour de lui. Il entraîne, il a des élèves en sport-étude, … Selon moi, c’est pour cela qu’il dure, dans ce sport, et qu’il est toujours au plus haut niveau !

Propos recueillis par Roxane Grolleau © DR

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