Une journée dans la peau d’un entraîneur de course…

Le Prix du Jockey Club se tiendra à Chantilly ce dimanche 3 juin. À l’occasion de cette épreuve phare de la course de galop, EQ a rencontré Francis Graffard. Installé depuis six ans en tant qu’entraîneur, il a déménagé récemment ses écuries dans le domaine de Chantilly. Il n’avait aucune relation dans le milieu, il est aujourd’hui devenu un des meilleurs entraîneurs de sa génération. EQ l’a suivi, le temps d’un entraînement…

À sept heures, Francis Graffard donne déjà rendez-vous à son deuxième lot de chevaux. Il en a plus d’une centaine à l’entraînement, dans ses écuries à Chantilly.

Levé aux aurores, Francis-Henri Graffard donne rendez vous à ses cavaliers dans l’un des centres d’entraînement dispersés aux environs de Chantilly. Ici, tout est pensé pour les chevaux : les cavaliers se rendent sur les pistes via des tunnels, et évitent ainsi les axes routiers. Le centre, surnommé Les Aigles, où travaille Francis-Henri Graffard fait plus de 2000 hectares… Il a déjà donné examiné son premier lot de chevaux, il se prépare maintenant à entraîner le second.

Parti de rien…

Reconnu aujourd’hui comme un des meilleurs entraîneurs de sa génération, il n’avait pourtant aucune relation dans ce milieu : « Mes parents n’étaient pas du tout issus de ce monde. La passion m’est venue par mon grand-père, qui avait quelques juments d’obstacles. Il m’emmenait régulièrement sur les hippodromes », confie-t-il, sur le chemin qui conduit au centre d’entraînement. Francis-Henri Graffard devient cavalier, et fait quelques stages, qui progressivement lui donnent bon nombre de relations : « Je

Francis Graffard est devenu rapidement un des meilleurs entraîneurs de sa génération.

commençais à un endroit, qui m’emmenait vers un autre... ». Il s’oriente par la suite dans le droit équin : « J’avais pas trop de relations dans ce monde, donc je me suis dit que j’allais devenir avocat spécialisé dans les chevaux de course », explique-t-il.

 

Après avoir travaillé pour la société qui deviendra par la suite Arqana, il est sélectionné pour entrer dans le programme Darley Flying Start : « Ils sélectionnent douze jeunes dans le monde, et pendant deux ans, on se balade dans le monde entier, à la rencontre des meilleurs de la discipline ». Après un passage de trois ans chez Alain de Royer Dupré, il se lance enfin comme entraîneur. Et six ans plus tard, le voilà à Chantilly, qu’il définit comme le meilleur lieu pour faire son métier : « Et pourtant j’ai vadrouillé ! Mais ici, tout tourne autour des chevaux de course. Et c’est très calme… » Perdus au milieu des arbres et des allées, où le seul bruit qui trahit cette quiétude est le souffle des chevaux, on ne saurait lui donner tort !

Les chevaux de galop ont une carrière très courte : ils commencent les courses vers deux ans, pour finir vers quatre ans pour les plus âgés. Mais souvent, les étalons partent à la reproduction vers leurs trois ans.

Un lieu rempli de codes

Avant que les cavaliers ne se dispersent dans les nombreuses allées, l’entraîneur donne ses derniers ordres.

Dans les allées, tout est très codifiés : il y a les pistes où les cavaliers déambulent au pas ou au trot, pour rejoindre un endroit précis, les allées de canter, où les cavaliers d’entraînement demandent à leur monture une allure plus élevées, et les pistes sur herbe, où les chevaux donnent tout ce qu’ils ont : « Chaque entraîneur possède ses méthodes d’entraînement », explique l’entraîneur. « Même s’il est appelé de la même façon, un galop de chasse ne va pas forcément avoir le même sens dans toutes les bouches ». 

 

Chaque entraîneur possède son rond d’entraînement, où il donne ses ordres à ses cavaliers : « Quand je suis arrivé, j’ai mis un peu de temps à trouver le mien. Les entraîneurs n’aiment pas trop avoir de voisins, et chaque rond devient vite sa propriété. Il a donc fallu un peu explorer avant de m’installer ici… » 

Certains entraîneurs suivent leurs cavaliers d’entraînement à cheval, avec ce qu’ils appellent un « poney », un ancien cheval de course. Celui de Francis Graffard est un de ses premiers chevaux avec lequel il a connu le succès.

Certains entraîneurs utilisent des poneys pour suivre leurs cavaliers. Ce sont souvent des anciens chevaux de course.

Des méthodes d’entraînement diverses

Francis Graffard choisit de préparer ses chevaux qui seront à la course prochainement en leur demandant un galop un peu plus soutenu qu’un simple galop d’entraînement : le canter.

Le canter des chevaux de course est une allure un peu plus soutenue que le galop d’entraînement, sans pour autant atteindre la vitesse qu’ils auront sur l’hippodrome.

« Beaucoup d’entraîneurs ont peur d’en demander trop lors des entraînements. On se dit : « Ce que le cheval brûle comme énergie à l’entraînement, c’est ce qu’il n’aura pas sur l’hippodrome… Il n’y a que certains professionnels qui osent demander à l’entraînement ce qu’ils leur demandent sur le champ de course… »

Francis Graffard est un des plus gros entraîneurs de Chantilly, avec plus d’une centaine de chevaux à l’entraînement : « J’ai beaucoup travaillé à l’étranger, ce qui m’a permis de rencontrer beaucoup de monde et donc de récupérer beaucoup de chevaux à l’entraînement. Aujourd’hui encore, près de 80% de mes chevaux sont détenus par des propriétaires étrangers. Avant d’être propriétaire de mon écurie, je louais des boxes. Et j’avais tellement de chevaux que je déplaçais mes jockeys en mini-bus… » 

Aujourd’hui, l’ancien apprenti d’Alain de Royer-Dupré emploie quarante personnes, et a été classé parmi les meilleurs entraîneurs l’an dernier… Les cavaliers d’entraînement retrouvent l’entraîneur dans son rond, et donnent leurs impressions sur le cheval, puis rentrent au box…

Par Roxane Grolleau © Roxane Grolleau

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