Interview : Mario Lurashi sera l’invité d’honneur du Festival 2 Valenciennes

Du 20 au 24 mars, Mario Lurashi – le célèbre homme de cheval aux multiples casquettes : cascadeur, dresseur, metteur en scène, couturier, sellier, bourrelier, réalisateur, aussi bien pour le spectacle que le cinéma – sera cette année l’invité d’honneur du Festival de Valenciennes. Aujourd’hui, décorés à six reprises, auteurs de plus d’une dizaine de spectacles et après avoir participé à plus cinq cents films, il se raconte, encore une fois, pour EQ.

 

Qu’est-ce que le public va découvrir sur les chevaux de cinéma et les cascadeurs au Festival de valenciennes ?

Nous allons faire des démonstrations de certaines cascades qu’on a pu faire au cinéma, mais évidemment pas les plus grosses, qui demandent de l’équipement et un énorme budget. Ces démonstrations ont surtout pour but d’expliquer notre relationnel avec les chevaux et le travail de dressage que nous mettons en place avec eux, c’est le plus important. Il y aura également un axe sur la formation du cavalier. En réalité, le spectacle de Valenciennes nous permet de montrer au public l’envers du décor, tout le travail effectué en amont d’un tournage.
Tous les tableaux seront cependant présentés en costumes et avec quelques effets spéciaux basiques, comme si on était sur un plateau de cinéma (ou presque).

 

Comment êtes-vous devenus cascadeur ?

Par hasard ! Au départ je n’étais pas du tout dans le milieu des chevaux. En réalité, c’est un parc d’attraction qui m’a amené dans le monde équestre. De là, je suis parti en Espagne où j’ai appris le dressage tauromachique des chevaux. En réalité, mon premier métier était beaucoup plus consacré au dressage des chevaux mais c’est ce bagage équestre qui m’a ensuite ouvert les portes du cinéma. Grâce à certains de mes contacts, je suis « tombé un jour sur le tournage un film » où il s’est révélé que le cascadeur n’était pas capable de faire exécuter les figures à un cheval que j’avais dressé. J’ai donc pris sa place et c’est comme ça que ma carrière de cascadeur de cinéma a démarré ! Depuis j’en ai fait cinq cent quinze !

 

Qu’est-ce qu’une journée type au côté de Mario Lurashi ?

On ne vit pas d’année type, ça change tous le temps ! Il y une vingtaine d’année, je faisais partie des créateurs du Salon du cheval et à travers cette vitrine, j’ai voulu redorer le blason des chevaux cascadeurs. Auparavant, il y avait beaucoup de stupidités qui étaient racontées : notamment qu’on tuait les chevaux au cinéma ! Cela me choquait énormément parce que même si un accident peut arriver, les gens ont, en général, toujours fait attention à ne pas abimer les chevaux et à les respecter. Je voulais rétablir cette vérité et donc j’ai commencé à faire des démonstrations sur le Salon du cheval de Paris et lors des concours hippiques, qui était la discipline phare du moment. Ces petits spectacles m’ont permis de développer un style de représentations assez intéressant et donc je m’y suis beaucoup consacré pendant quelques années. Et puis en 2006-2007, il y eu un déclin du cinéma français d’action et d’époque ; depuis D’Artagnan et Napoléon, il n’y a pas eu grand chose… C’est ce genre de films qui m’ont permis de faire le tour du monde, comme par exemple avec Ben Hur ou Excalibur. En Allemagne, j’ai notamment monté un spectacle magnifique avec le Prince de Bavière. Donc vous voyez, mon emploi du temps et celui de mon équipe dépend des années ! Avant je réalisais quinze à seize films par an à travers le monde, on voyageait sans arrêt – pendant la période « révolution française » j’en ai même fait vingt-huit dans l’année, ça a été ma plus grosse année cinématographique -. Aujourd’hui, ça tourne à cinq ou six films seulement, parce que je ne veux plus aller à l’étranger… Ça me casse les pieds d’aller tourner loin et de ne jamais être chez moi. Et je me consacre de nouveau au spectacle.

 

Comment dressez-vous vos chevaux de cinéma ?

Il faut environ un an et demi de formation pour commencer à avoir un bon cheval, mais seulement un sur vingt pourra devenir cheval de cascade et cinq des montures dociles pour les comédiens ! Je cherche des chevaux jolis, tant qu’à faire, mais ce qui m’importe surtout, c’est leur mental ! Parce qu’on peut toujours faire de quelqu’un de chétif un véritable athlète, si on l’entraine et qu’on le nourrit, mais le mental ne se modifie pas aussi facilement… Pour faire du cinéma, il faut des équidés très décontractés mais aussi avec beaucoup de sang. Leur énergie doit affluée lorsqu’ils sont sollicités aussi vite que ce qu’elle doit s’apaiser à la fin de l’exercice. Paradoxalement, il faut des chevaux avec du sang pour que les comédiens qui ne savent pas monter se sentent à l’aise, et puis de cette manière, il leur donne aussi naturellement du brillant. Et bien entendu, par sécurité, on a besoin de montures froides dans leur tête, qui ne réagissent pas au moindre bruit ou faux mouvements de leur cavalier.

 

Après près de cinquante ans de cascades, de spectacles et de tournages, qu’est-ce qui vous donne encore envie de continuer après toutes ces années ?

La passion des chevaux et puis ensuite celle du cinéma ! Puisque par la suite, le cinéma, et notamment la réalisation, est devenue ma deuxième grosse passion. Je fais beaucoup de « deuxième équipe » au cinéma, je suis derrière la caméra pour filmer, metteur en scène d’action, etc. Dans ces rôles, vous êtes le maitre d’œuvre et c’est extrêmement intéressant.

 

Du point de vue du cavalier et dresseur, quelles différences il y a t’il entre le spectacle et le tournage de film en plateau ?

Ce n’est pas du tout pareil. Si vous voulez, c’est comme un comédien qui ferait du cinéma et du théâtre. Un comédien adore faire du théâtre pour le contact avec le public, l’instantanéité du show, et bien le spectacle pour moi, c’est la même chose. Tout d’abord, cela me permet de dresser des chevaux pour moi-même et surtout de montrer au public le dressage pur du cheval. Cette facette des coulisses est, à mon sens, l’essence de tout.

 

Quels sont vos projets pour l’année 2018 ?

J’ai un gros projet qui se profile pour la fin de l’année, mais je n’ai pas le droit d’en parler. Et sinon, en 2018, se déroulera surtout le spectacle d’Europapark, qui durera huit mois, et comptera pas moins de six cent cinquante représentations.

 

Et à long terme, comment envisagez-vous l’avenir ?

J’ai deux fils dont un qui pourra très bien reprendre le flambeau. Il a déjà fait huit films indépendamment de mon équipe. Dès qu’il aura fini ses études, il pourra attaquer le métier concrètement. Et puis j’ai la chance d’être encore en très bon état donc je ne songe pas encore à la retraite (rires).

 

Est-ce qu’il y a de nouvelles expériences, des cascades, réalisations ou mises en scène inédites que vous aimeriez tenter ?

Dans le cinéma, on évolue sans arrêt. Aujourd’hui, le numérique nous permet de mettre les chevaux dans des situations assez exceptionnelles. Ensuite, chaque plateau est différent et donc chacun est une expérience unique. Et puis avec les chevaux, on n’a jamais fait le tour complet, on découvre et on apprend tous les jours ! Grâce aux techniques de mise en scène des spectacles, on peut aussi se tourner vers des aspects approfondis, imaginatifs et spectaculaires, donc c’est vraiment intéressant. Le seul point noir dans ces représentations, c’est la question du budget… Elles nécessitent de bonnes mises en scène et là malheureusement, c’est plutôt vers l’étranger qu’il faut se diriger, notamment du côté des pays asiatiques. Le spectacle est captivant, car il me permet, notamment avec ma cavalerie qui est très polyvalente, de vraiment m’amuser. Il m’offre un champ des possibles immenses et passionnant à exploiter.

 

Le mot de la fin :

Cela fait quatre que l’on me demandait de venir sur ce festival de Valenciennes et je suis très content d’avoir pu obtenir des dates, parce que je pense que c’est très intéressant pour le public qu’il découvre que malgré le fait qu’on s ‘attarde peu sur la présence des chevaux au cinéma, c’est tout de même un élément central et important. Et puis c’est un monde magique, qui mérite qu’on s’y attarde et qui fait toujours rêver les enfants (et les grands !).

 

 

Anaïs Durr /©Dan Ozmec

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